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Julien Blaine : Galipettes et calumets
Il y a une logique d’invention de l’écriture qui part du corps et retourne au corps en passant par le signe. Tout penseur visionnaire questionne la graphie dans le sens et le sens dans la graphie, en y dénichant ou en y fourrant la part tangible qui les sous-tend, qui les anime. Et les avant-gardes, qui secouent le cocotier de l’art, quand elles s’en prennent à la poésie, règlent leur compte aux règles en commençant par les codes calligraphiques, en donnant un revers de savate à la casse du typographe. Et c’est là que la performance prend le cap ! On pourrait sans trop d’erreur affirmer que révolte et amour du mot forment le socle de Julien Blaine, perturbateur en connaissance de causes, proclam’acteur, gueul’art, mais aussi proférateur magique, féticheur, lui-même le masque analogique dont il affirme qu’ « il chuchote, (qu’)il articule, (qu’)il vocifère (il faut s’y faire) ». En Julien Blaine : le poète qui déconstruit, mais aussi l’auteur de « Lire de la rive », un des plus beaux poèmes où s’associent le vu, le su, le senti, comme si toute écriture devait naître et finir sur « la peau tatouée ». Calembour et canular entrent aussi dans la démarche de Julien Blaine en tant qu’outils d’une maïeutique : car il s’agit de faire surgir, non comme une source, mais comme un geyser, les masses empaquetées dans la parole. Suivant la même méthode, la performance lance un coup de poing existentiel (et excitantiel) à notre vision du monde devenue statique et coutumière. « Nous ne sommes pas coupables, écrivait Péguy, nous sommes habitués » ! Créateur de plusieurs revues, dont la fameuse « Doc(k)s », éditeur de collections (dont V.A.C.), et auteur de nombreux livres et catalogues, Julien Blaine a collaboré aux Editions de l’Ariane en y introduisant les plus grandes variations et inventions typographiques de la Collection Tiar, sous la forme d’un épithalame. A ses jeux de verbes et de formes, à ses peintures, à sa photo, il ajoute la collaboration clandestine de Tita Reut à qui il a commandé des poèmes érotiques sous une injonction où il est aisé de l’entendre et de le reconnaître : « Fais-moi rougir ! » A bon lecteur… T.R.


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