edition de l'ariane

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L’œuvre de Christian Jaccard n’évoque pas seulement le travail de la main, le mouvement obsessionnel et la torsion des doigts (quand il noue), mais aussi la peau elle-même, quand elle porte ces coutures particulières que sont les tracés de la mèche lente accomplissant son destin de combustion.
Car l’œuvre de l’artiste se révèle à travers deux types de procédures : l’assemblage par ligatures, et la mise en forme, en couleurs et en rythme par le feu.
Dans le premier cas, ses stratégies de composition par le chanvre donnent à voir un accomplissement quasi archaïque de l’élaboration manuelle : les pièges que l’homme inventa, dès les origines, pour chasser, pêcher, tisser… Les paramètres d’une survie. Mais Christian Jaccard en tire une succession de greffes et d’outils qui se complexifient en projets de vie sociale jusqu’au monumental, de sorte que les objets qu’il crée excèdent le cadre fonctionnel pour cerner à la fois le concept (le temps qui s’écoule dans cette métamorphose) et l’art qui accrédite la transmutation de la nécessité en question, en contemplation.
Dans le cas du brûlage, ou du brûlis organisé, la combustion, bien qu’éphémère, vient modifier les supports et les espaces que Christian Jaccard investit, suivant une partition partie d’une technique remarquablement contrôlée du feu jusqu’à l’éventuelle représentation.
Si parfois le hasard suscite des parcours subtils, le plus souvent c’est la main du maître, de main de maître, qui agit sur cet élément essentiel de persistance et destruction.
Ici, la calcination est immortalisée par l’œuvre ; la toile et le papier sont scarifiés, pigmentés par la voie « ignée » qui produit la parure. Et ce rituel de pyromane devenu pyromène, suivant le beau mot de Bachelard revisité par Joseph Guglielmi à son sujet, donne à penser la chaleur, le sillon, la cadence, et toutes les transformations que maîtrise et séquence introduisent dans l’aléatoire.
L’affolement métastatique du « supranodal » trouverait donc sa stase par l’incendie, et la tabula rasa sa revivification par la prolifération insurmontable de la vie à l’œuvre.
Tita Reut


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